Bonsoir, enfin plutôt bonne nuit,

Mes chers lecteurs. Je sais, il est tard (du moins au moment où j'écris ce message). Mam'zelle vient de terminer de regarder un film trop funky qui s'intitule "Entre les murs". Il s'agit d'une adaptation filmique d'un livre du même nom, qui relate le quotidien d'un professeur en ZEP. Keske la ZEP ? La ZEP, c'est Zone d'Education Prioritaire. En gros, c'est les cassos quoi. Et en tant que professeur en ZEP, je me devais de voir quel regard pouvait être porté sur la chose. Beaucoup de choses à dire.

- Le mec. Il a l'impression d'être sorti du pays des Bisounours. Genre le mec, il passe ses heures de cours à soit reprendre ses gosses, soit tchatcher avec eux, tout en usant du même langage que les élèves pour les plagier. De plus, il se trouve qu'il est à maintes reprises dans la joute verbale. Jusqu'à aller traiter deux gamines de "pétasses". Personnellement, je trouve ça très, mais très limite. Non, on n'insulte pas ses élèves. Il faut en effet garder à l'esprit que même si nous sommes des êtres humains, nous devons faire preuve à la fois de bon sens, et de respect vis à vis des élèves. Alors certes, en ZEP, nous nous faisons insulter. Je ne suis pas la première, ni même la dernière. Mais je trouve que le mec il a quand même un rapport à la sanction bizarre. Genre non faut pas punir, pas sanctionner. Ah, dans ce cas on laisse faire un gamin qui balance son sac dans la gueule d'une camarade qui ensuite pisse le sang. Ou bien comme chez moi, on ne laisse pas passer un gosse qui pète le bras à une camarade. Ce n'est pas possible, il y a des limites à respecter. Je reviens sur le langage et sur je casse mes élèves. Je fais pour ma part très attention là dessus. Il est hors de question que je me mette à parler comme as pck tvoa bb g tro lseum. (Oui, je m'exprime à la perfection en weshtavub1oub1) Un professeur doit utiliser un langage clair, limpide, pas pompeux ou qui fait homosexuel comme dit dans le film, mais le wesh, même pas en rêve. On a cette curieuse impression durant le film que le mec veut se faire aimer de ses élèves. Alors que pour ma part, ce n'est absolument pas le cas. Je m'en fiche totalement qu'ils m'aiment ou non. Là n'est pas le souci. Qu'ils me respectent et apprennent des choses, là je dis oui. Etre professeur, ce n'est pas acquérir un public par l'affect. C'est acquérir un public avec de la pédagogie, avec du tact. Sur le cassage. Alors oui, il est clair que l'envie est souvent très forte de casser ses élèves, ou de leur dire "Ouais t'façon vous me pétez les couilles alors faites pas chier". J'adore lancer des pics. C'est mon dada. Et quand je peux le faire, je ne me prive pas. Lorsque Mélissa me dit "Oh mais madame je ne peux pas faire les devoirs, c'est que je suis très demandée !" je ne peux m'empêcher de répondre "Ouh la la, MADAME est très demandée, Madame est la Reine d'Angleterre ?" ou bien le fameux "Eh les filles, vous vous croyez au salon de thé ? Je vous apporte les gateaux ?". Mais ça s'arrête là. L'insulte, c'est très mauvais (et dans le film ça se retourne contre le prof) même si c'est tentant.

- La mère du gamin qui ne parle pas un mot de français et à qui on s'efforce de parler de "conseil de discipline", "sanctions disciplinaires" etc etc. J'ai aussi eu à faire une fois à une mère de famille ne parlant pas un mot de français alors que son gosse lui traduisait en turc. C'est une situation assez inconfortable dans le sens où la communication est totalement rompue.

- L'ambiance générale d'un cours de ZEP est relativement bien cernée. La discipline avant tout, le chahut, le bordel, le bronx quoi. Il faut les nerfs bien accrochés, ça c'est sûr. Les élèves qui ne veulent rien foutre. Encore aujourd'hui, je me suis confrontée à un gamin qui ne voulait rien faire, chantait en cours et donc a été viré. Mais ne voulait pas se lever de sa chaise. Contrainte et forcée de prendre son sac de cours, de le lancer dans le couloir et de lui montrer la sortie à coup de ... pieds dans le cul ... euh non, à coup de cris. Le mec dans le film, il crie jamais. Il s'énerve très peu. Et pourtant, il se fait quand même bouffer et grave. Je ne dis pas qu'il faille crier sans cesse, mais bon.

- Les profils des gamins. Ouais, j'ai ça aussi. Des gamins paumés, aux situations familiales catastrophiques, aux histoires très difficiles. Mais nous ne pouvons pas tout excuser. Un collègue au prof du film lui fait une remarque très judicieuse : "Nous ne sommes pas leurs parents". Et à un moment donné, si les parents ne jouent pas leur rôle, nous ne pouvons nous substituer à eux. Je ne dis pas de laisser les gosses dans la merde, loin de là. Mais trop souvent ces gamins sont en échec, scolaire mais aussi social. Ils ne savent pas du tout communiquer, que ce soit avec leurs camarades qu'avec les adultes, et surtout les adultes. Ils n'ont peur de rien.

 

Bref, un film avec des petits clichés sur la vie en ZEP, mais qui somme toute reste plaisant à regarder et peut être instructif. Et mine de rien, le mec qui a le rôle principal (l'écrivain du bouquin référence) a des petits traits physiques (mais de loin à Dunkerque dans le brouillard) avec mon choupinou d'amour.