YOUHOU.

Mam'zelle est de retour pour une nouvelle année scolaire qui s'annonce comme étant riche en émotions diverses et variées (surtout des pleurs). Parce que j'ai tout simplement BEAUCOUP de chance, non seulement je n'ai pas réussi à avoir un poste qui me convenait davantage mais en plus je me retape le même établissement que l'an dernier alias le temple des horreurs. Points positifs : je connais l'établissement et je n'ai pas besoin de me repérer dans les couloirs pour trouver ma salle ou bien les toilettes puisque je peux y aller les yeux fermés (dans ma salle pas dans les toilettes), je connais déjà tous mes collègues et partenaires de travail et par conséquent je n'ai pas à redevenir la prostituée du sourire pour demander des services du genre m'amener à droite à gauche, je sais que j'ai des collègues super gentils et souriants (du moins pour l'instant, nous sommes début septembre et passé le repos estival, dans deux semaines tout le monde va se ramener avec des cernes de trois kilomètres de long et une tronche qui en dit long sur l'éreintement) MAIS je sais aussi que je retrouve des petites terreurs à peine sorties des couches culottes et qui se prennent déjà pour un ours en ayant trois poils dans le slip.

Alors que je n'ai pour le moment que quelques heures à mon actif et que je suis encore en phase de "RHAAAAAAAA je ne vais jamais mémoriser tous les prénoms", "Il faut que j'impose une autorité et une aura naturelle en très peu de temps" et autres réjouissances, ce qui m'a de suite frappé et que je n'avais eu de cesse de constater l'an dernier c'est le manque total de respect.

Il me semble qu'aujourd'hui, l'élève n'a plus aucune notion de respect. A peine si ce mot évoque pour lui un passage dans un réglement intérieur. Ce qui me choque à première vue c'est le manque de respect qu'ils ont entre eux. Qu'on ne se voile pas la face, il y a toujours eu de la moquerie entre élèves, certains qui parce qu'ils étaient plus forts s'amusaient à se moquer des plus faibles ou bien tout simplement parce que c'est une sorte de tradition de se chercher des poux. Mais mince, si j'ai de bons souvenirs à l'époque (prendre la voix d'une prof en fin de carrière) nous ne nous insultions pas de divers "fils de pute" et autres "gros bâtard". Maintenant c'est complétement symptômatique. Cela part de l'extérieur du collège où l'on s'insulte via les réseaux sociaux de tous les noms d'oiseaux à l'envoi de SMS à base de "sal chienne té k1 pute davoir couché avc dylan" et cela arrive dans l'enceinte de l'établissement. A tout bout de champ quand j'ouvre mes esgourdes je saigne des oreilles en entendant des "Madame ! Il a dit qu'mon père c'est un enculé !", "Vas-y ta gueule j't'ai pas parlé enfoiré d'ta race" et autres mots doux. Pour ma part c'est tout simplement affligeant de se voir infliger des mots pareils à l'oreille et je ne puis faire autre chose que de rappeller à l'ordre que dans mon cours il est bien stipulé que toute moquerie et/ou mot déplacé est passible d'une sanction.

Petite anecdote du quotidien (parce que je sais que c'est toujours plus parlant) : 

Un de mes élèves a quelques problèmes d'élocution et s'exprime avec difficulté. Ce n'est pas pour autant que je compte l'exclure de la prise de parole et je l'encourage le plus possible à participer et répéter le temps qu'il faudra ce qu'il doit savoir dire. Timidement il s'est exprimé soulevant l'hilarité générale. J'étais assez choquée du comportement de leurs camarades, surtout de l'une d'entre eux qui s'esclaffe dès que l'occasion se présente. Je n'ai pu m'empêcher de relever que si une nouvelle fois elle se prenait à se moquer à nouveau je prendrais un malin plaisir à me moquer de son langage tout weshwesh qu'il est. Réponse : Vazi z'avez pas le droit.

Ah bon ?

Car ce qui m'étonne le plus c'est que le respect est un élément essentiel qui leur revient dès lors que moi-même en tant que professeur je décide de ne pas les respecter. En clair, le professeur doit constamment respect à son élève quand bien même celui-ci ne le lui rend pas. Cela ne choque que moi ? Le respect est à double tranchant pour ces jeunes. Si pour eux il est tout à fait normal de parler à son professeur comme s'il était son meilleur pote, le professeur ne doit absolument pas rendre la pareille. Que l'on instaure une sorte de complicité dans une ambiance de travail saine ne me pose aucun problème et je serais d'autant plus "cool" si mes élèves l'étaient. Je ne stigmatise alors pas toute une classe entière. Je pense qu'il faut savoir établir un dosage entre les élèves travailleurs et sérieux combo respectueux qu'il faut encourager, aider, valoriser et ceux qui sont de fins branleurs incapables de tenir en place plus de trente secondes avec qui il ne faut pas faire de cadeau.

De même, (j'ajoute cela par rapport aux propos du papier) je suis formellement opposée à l'école ultra autoritaire. On peut très bien calquer mes propos en citant une certaine personne politique qu'il est aisé de reconnaître qui affirmait : "D'abord l'élève n'est pas l'égal du professeur. Il lui doit obéissance et respect. Les rangs doivent être de vrais rangs ordonnés calmes" par exemple. Déjà nous ne sommes pas non plus à la Gestapo. Alors je dis BIEN EVIDEMMENT que l'élève n'est pas l'égal du professeur, pas besoin d'avoir fait l'ENA pour le savoir et le revendiquer. L'élève n'est pas l'égal du professeur puisque l'élève se place automatiquement dans le rôle de celui qui s'approprie le savoir inculqué par le professeur. Qui plus est le professeur est un adulte alors que l'élève est encore soit un enfant soit un adolescent. Pourquoi est-ce que l'élève, sorti des cadres de l'école, respectera l'adulte en face de lui alors qu'il ne manifestera aucun respect envers son professeur ? Eh ben car le professeur est par définition celui que l'élève aura envie de ne pas respecter (parce que l'école c'est nul / les profs tous des bâtards / ça me pète les couilles rien à battre du collège). Et pourquoi donc ? Je pense qu'il faut aussi voir du côté de l'image du professeur dans la société toute entière. Dites-moi, à quoi vous fait penser le mot professeur ? Le premier qui me dira : celui qui possède le savoir et qui le transmet prend la porte directement car bingo la réponse est fausse. Lorsque l'on dit professeur, on pense de suite : des branleurs qui sont soit en vacances ou en grève, des incompétents qui sont responsables de la dérive de l'école, des feignasses qui sont bonnes qu'à boire des coups au bar PMU le plus proche. Le professeur n'est plus "celui qui enseigne" aux yeux de la société. Si vous voulez une définition tout à fait caustique et reflétant la pensée commune ====> c'est par ici : http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Professeur

Comment voulez-vous alors que l'élève soit un être tout mignon et respectueux ? CQFD.