Chatons mignons (enfin pas trop),

 

Aucune inquiétude, Madame Prof ne va pas faire renaître un blog de ses cendres. Un soir de juin 2014 comme un autre, à ouvrir les archives d'un vieil ordinateur que je suis obligée de ressusciter après un malheureux accident d'un félin qui a pris l'ordinateur flambant neuf pour une litière améliorée. Madame n'est toujours pas titularisée professeur certifiée de première qualité, de Deutsche Qualität précisons. Cela ne saurait tarder puisque dans quelques jours je vais ENCORE devoir me plier aux exigeances d'un jury qui doit absolument recruter du prof mais qui tente tant bien que mal de faire dans le sélectif.

Vous avez quitté une petite prof en devenir, aux prises d'un collège maléfique. Et une année scolaire plus tard, sachant que le collège qui a bercé mes débuts va être détruit (ce qui n'est pas une mauvaise chose au demeurant) je le clame haut et fort : j'aime mon métier.

Cette année scolaire a été magique sur tous les plans. Et magique ce n'est pas un vain mot. Lorsque j'ai écrit mon dernier article sur ce blog j'étais blasée. Dépitée. Pas véritablement au point de renoncer au métier d'enseignante, mais presque. Cela a sans doute joué sur mon échec au Saint Graal en juin 2013. Remontons donc dans le temps vous voudrez bien.

En juin 2013, je passais les oraux de mon concours de prof. Hyper confiante puisque l'on m'avait rabâché tout au long de l'année que c'était dans la poche, j'y suis allée presque les mains dans les poches. Et j'ai tout loupé. On combine sujets pourris, stress inutile et motivation proche de zéro après avoir vécu une année horrible dans mon collège avec une patronne tyrannique je me suis laissée envahir.

Et en septembre, avec la perspective de savoir qu'en juin 2014 je pouvais retenter ma chance au concours, j'ai appris l'une des meilleures nouvelles : j'allais enseigner dans le lycée où j'ai été élève. Et là... j'y ai vécu 6 mois superbes. Le lycée est un monde totalement différent du collège. Mais une chose avant l'autre : je passais à un niveau supérieur : celui de prof à temps plein. Et non plus à 6 heures / semaine, ce qui après réflexion est rien du tout du tout. J'avais six classes en responsabilité. Et six classes différentes sur tous les plans. Des petits secondes choupinets à la classe de 12 bonhommes plein d'hormones. Pour la première fois de ma lonnnngue carrière j'allais au travail avec le sourire. Alors je relate un récit proche d'un monde Bisounours qui auraient copulé avec des chatons mais c'est pas loin. J'ai encore du faire de la discipline faut pas croire, mais je garde en mémoire uniquement les bons moments. Celui de motiver une élève à passer un examen de certification de langue alors qu'elle n'avait pas confiance en elle. Rire avec mes petits bonhommes qui bavaient face à Madame puisque sachez que ce doit être sacrément compliqué pour un adolescent de 17 ans de m'avoir comme prof. Et ne plus être seule dans ma discipline dans un établissement. Bien évidemment, mes anciens collègues m'ont beaucoup manqué (ce qui ne semble pas être le cas pour certains, à mon plus grand regret) mais j'en ai rencontré d'autres tous plus attentionnés et attentifs à ma petite personne. Et puis j'ai du quitter ce premier établissement en janvier. Un déchirement. Mon petit coeur saignait rien qu'à l'idée. Mes élèves allaient trop me manquer ! Et ils m'ont tous couvert d'éloges lorsque je suis partie. Des mails dégoulinants d'amour et de reconnaissance, des cadeaux avec des coeurs dessus, presque des pétitions pour que je reste. Un déchirement je vous dis. Et je suis tombée sur un deuxième établissement. Et... moi qui pensais que j'allais pleurer pendant 6 mois, je suis restée bouche bée face à la facilité que j'ai pu avoir à être à l'aise avec d'autres élèves. Alors ce n'était pas la même chose. Pas la même affinité, pas le même lien. Avec les collègues non plus, même s'ils m'ont accueilli de la plus belle façon qu'il soit.

Je passe les détails, parce que ce serait ennuyeux. Mais au final, je garde en mémoire le sourire que j'ai pu avoir tout au long de l'année. A concevoir mes cours. A voir les élèves me faire de grands coucous parce que j'étais leur idole (oui, je fais dans l'exagération).

 

Au final rien qu'une chose : si le jury que je dois voir dans quelques jours ne sent pas que je suis plus motivée que jamais à vivre cela à nouveau, j'irai les ennuyer tous les ans pour enfin être fonctionnaire. Cela ne changera rien, ma voie est trouvée, je serai prof. Parce que cette année j'ai cru (parce que je suis un Bisounours je suis toujours obligée de le préciser, même que des gens ils ne comprennent pas comment que je peux être aussi émerveillée de l'Educ) pouvoir transmettre pas seulement quelques règles de grammaire mais aussi peut-être un temps de joie dans le quotidien de gamins. Moi, je me suis éclatée à jouer ce rôle. Et si on me demande encore pourquoi je veux faire cela, je réponds toujours que je ne me vois pas ailleurs. Rien d'autre ne m'intéresse. Et si on peut se lever le matin, certes fatigué(e) et avec l'envie de dormir, même si ce n'est pas franchement toujours le monde des licornes, même si je sais que cette année n'aura été qu'une parenthèse choupinette avec des pioupious d'amour et que j'aurai encore à faire avec des petites frappes, maintenant je comprends ceux et celles qui ont vécu ce que j'ai pu voir pendant un an : être prof c'est un métier gratifiant lorsque l'on se donne la peine qu'il le soit.