Les p'tits loups,

 

Mam'zelle reprend le fil de son histoire. Pour ceux et celles qui n'ont pas eu le courage/l'envie/le temps de lire l'essentiel des dernières pages...

Previously on Mam'zelle blog (Prison Break style) :

Mam'zelle, jeune prof arrivée sur le tard dans le métier se demande très clairement ce qu'elle fout dans ce merdier.

J'ai tourné les questions mille fois dans ma tête : la question du statut actuel du prof, le statut des jeunes profs, tout est mis à mal.

L'année dernière vous suiviez Mam'zelle dans sa première année dans un collège absolument bizarroïde à de très nombreux niveaux : un Tigre ultra chelou (pour plagier mes élèves), des gamins effarants de connerie, les tâtonnements, la visite surprise d'un Recteur qui venait faire la promo d'un dispositif en carton pâte et j'en passe.

Pour développer davantage que ces derniers articles, Mam'zelle a rempilé dans son collège qui désormais est passé du stade bizzaroïde à complétement acadabrantesque (waw que je sais bien manier la langue !) : un Tigre qui a fait ses valises et remplacé par une... Vipère, des gamins d'autant plus consternants de bêtise humaine, des agissements pour tenter de faire bouger les choses et pas de Recteur pour venir voir l'ampleur des dégâts.

Comme je l'avais précédemment évoqué, j'enseigne dans un collège qui est dit "classé ZEP". En gros, une catégorie pour dire collège pour gamins pas trop trop gérables. Des ZEP, il en existe partout à travers la France. Certains très coriaces, d'autres moins. Je ne saurais dire dans quelle zone le mien se situe, mais je constate une décadence suprême. Il s'agit d'un collège situé dans une toute petite ville, assez sinistrée où il ne reste ni commerces ni jolies maisons mais plutôt des maisons en ruines et des bâtiments HLM qui entourent ce dit lieu d'enseignement. Autant dire que la population qui peuple ce lieu n'a pas les moyens de changer de perspective et surtout de quitter la ville. Ils sont comme qui dirait cloitrés et réduits à une misère de plus en plus importante. Ces personnes ont bien évidemment des enfants, et des enfants scolarisés dans mon établissement. Des élèves issus de familles défavorisées, qui ont souvent des problèmes familiaux, financiers et (quelques fois) psycologiques. En clair, des personnes pour qui le rôle de parents passe parfois au second, troisième plan ou bien à pas de plan tout court. Des adolescents bien souvent laissés à la dérive, qui se débrouillent par leurs propres moyens. 

Par contre, ce sont des gamins pour qui l'école n'est en aucun cas une porte de sortie. Pourquoi donc ? Selon moi, plusieurs acteurs viennent les conforter dans leurs idées que l'école ne leur donnera pas les moyens de s'en sortir. Les premiers acteurs, je pense, sont les parents. Et cela consciemment et inconsciemment. Le contexte familial est celui dans lequel mes élèves passent une grande partie de leur temps. Pour savoir dans quelles situations ceux-ci vivent j'estime qu'il est inenvisageable pour des gamins de penser que travailler à l'école va les aider. Voir à longueur de journée des parents qui se retrouvent au chômage, qui galèrent à trouver un emploi et cela malgré des niveaux d'études plus ou moins importants, je ne pense pas que cela soit un moteur au travail. De plus, les parents qui vivent au "crochet de la société" comme on le dit si bien de nos jours, c'est-à-dire ces personnes qui n'ont jamais levé le petit doigt pour faire quelque chose de leurs mains entières et qui vivent d'allocations diverses et variées. Est-ce que cela motive les enfants à espérer voir mieux, plus loin ? Le deuxième acteur, et je le précise que cela n'est que mon avis subjectif, vient des médias. Nous avons une nouvelle génération qui vit constamment avec les médias qui râbachent à longueur de journée à travers les chaînes d'infos 24h/24 que l'on est dans une période de crise, que tout le monde est voué à la pauvreté, au chomâge, à la crise et que l'avenir franchement c'est pas top. Pourquoi s'évertuer à travailler ses devoirs lorsque l'on a en tête que l'avenir c'est tout pourri ? 

Bref, le propos n'est pas là. Enfin, si peu.

J'enseigne une matière dite secondaire. J'enseigne à des élèves terribles. A une classe en particulier surchargée. Et je suis la tête sous l'eau. Je ne vois pas d'issue. Alors que faire ?

- Faut-il être plus sévère ? Plus stricte ? Ah, effectivement si crier un bon coup suffisait à faire bouger les choses. Mais que nenni ! J'ai face à moi des élèves pour qui le mot sanction ne veut rien dire. Pour qui exclusion temporaire de l'établissement rime avec "Je vais pouvoir jouer à la PS3 toute la journée et me la couler douce", pour qui punition signifie "Truc que je ne vais pas rendre parce que de toute manière qu'est-ce qu'on pourra me faire d'autre ?" pour qui autorité n'a plus aucun sens. Que ce soit l'autorité du professeur comme celui des grands chefs. On me dit souvent : "Mais Mam'zelle fais imposer ta loi !" je réponds toujours : "D'accord, avec dix élèves. Avec vingt-sept, qui hurlent et braillent à tue-tête, tu penses vraiment que c'est possible ?" 

- Préparer des cours bien plus ludiques à base de vidéos chouettes et de prise de parole systématique. Est-ce là possible ? J'adorerais faire ce genre de choses. Organiser des cours interactifs, où les élèves communiqueraient entre eux, où ils pourraient échanger autre chose que des insultes du genre "Sale bâtard je vais te niquer ta race". Pour moi, c'est une sorte de paradis que j'aimerais plus que tout atteindre. Au lieu de cela, je suis plus ou moins obligée à davantage de monotonie, de cours à copier dans le cahier, et je ne peux que réduire au possible l'oral tant cet exercice est tout simplement impropre à l'effectif que je supporte.

- M'appuyer sur mon équipe pédagogique. Oui, je veux bien. Mais cela n'a aucun effet. Alors invoquer une Vipère qui fait sa loi durant deux minutes mais qui laisse ensuite sa prof démunie face à 27 monstres, cela ne sert à rien et me décrébilise encore plus. Le professeur ne suffit plus mais on le laisse tout de même seul(e) dans le naufrage.

- Faire des cours sans âme, sans coeur, sans envie et aller à chaque fois les voir en me murant dans une indifférence totale. J'en suis tout bonnement incapable. Je ne suis pas du genre à me laisser abattre, même si j'avoue que dans certaines occasions je n'avais qu'une envie c'était de rentrer chez moi, me mettre sous ma couette et serrer mon doudou très fort contre moi (oui oui, une prof PEUT avoir un doudou). Mais rentrer chez moi, m'emitouffler dans ma couverture et faire des bisous à mon doudou ce n'est pas possible et je suis là, sans rien pouvoir faire. J'ai tenté l'indifférence. Mais elle ne fonctionne pas.

 

Alors dites-moi, lecteurs, lectrices, que faire ?